Google, Nvidia et l'entreprise de gestion énergétique Emerald AI ont lancé l'Alliance pour la Gestion Énergétique de l'IA (AEMA), une coalition qui vise à développer des capacités de charge flexible dans les centres de données dédiés à l'intelligence artificielle. L'initiative propose que ces installations cessent d'être de simples consommateurs d'électricité et deviennent des participants actifs du réseau électrique, grâce à la réduction temporaire de leur consommation lors des périodes de forte demande.
Aux trois membres fondateurs se sont joints Anthropic et une série de partenaires de lancement issus des secteurs de l'énergie et de l'infrastructure numérique. Parmi eux figurent The AES Corporation, Constellation, Generate, National Grid, NRG Energy, Analog Devices, Calibrant Energy, Camus, ClearPath, encoord, Fluence, GridUnity, PassKey Inc., RWE, Splight, Verrus et Voltus.
Le mécanisme de réponse à la demande pourrait libérer 100 gigawatts
Le concept central de l'alliance est la réponse à la demande, une pratique que les fournisseurs d'électricité utilisent depuis des décennies avec les grands consommateurs industriels, comme les usines qui acceptent de réduire leur activité ou de recourir à des générateurs de secours en échange d'une compensation financière pendant les pics de consommation. Selon l'AEMA, appliquer ce schéma aux centres de données d'IA permettrait de connecter jusqu'à 100 gigawatts supplémentaires de capacité au système électrique.
Le fondement technique réside dans le fait que les réseaux électriques sont conçus pour supporter des pics de demande qui ne se produisent que pendant une fraction de l'année.
Tyler Norris, directeur de l'innovation sur le marché de l'énergie pour l'IA et l'infrastructure et premier président du conseil d'administration de l'AEMA, a expliqué dans une publication sur LinkedIn que réduire la consommation nette du réseau à moins de 100 heures par an peut libérer des dizaines de gigawatts de capacité, sans avoir à attendre cinq à sept ans — ou plus — pour les mises à jour traditionnelles du système.
Google a déjà intégré un gigawatt de capacité de réponse à la demande
Norris a cité comme antécédent que Google a démontré la viabilité de ce modèle en intégrant 1 gigawatt de capacité de réponse à la demande au niveau national aux États-Unis. La compagnie a testé pour la première fois ces capacités avec le Omaha Public Power District en 2024 et, l'année suivante, a annoncé des accords similaires avec Indiana Michigan Power (I&M) et la Tennessee Valley Authority (TVA).
Récemment, Google a signé des contrats supplémentaires avec Entergy Arkansas, Minnesota Power et DTE Energy qui intègrent également des mécanismes de réponse à la demande dans leurs contrats énergétiques à long terme.
En soutien à la nouvelle alliance, Google a publié deux rapports avec des feuilles de route concrètes. L'un, élaboré par The Brattle Group, propose un plan technique pour rendre opérationnelle l'orientation bipartite récente de la Commission fédérale de régulation de l'énergie (FERC).
Le second, confié à Aurora Energy Research, présente un modèle de centres de données flexibles dans le système ERCOT combinés avec des ressources « front-of-meter », c'est-à-dire situées du côté du réseau avant le compteur du consommateur.
L'axe de l'alliance
La technologie d'Emerald AI occupe une place centrale dans l'alliance. Le logiciel de l'entreprise coordonne les demandes des compagnies électriques avec les centres de données, qui peuvent suspendre les tâches non critiques ou transférer les charges vers des installations où le réseau dispose de marge disponible. Cette proposition se présente comme une alternative aux générateurs diesel de secours, auxquels recourent actuellement de nombreux centres de données lors des pics de demande.
Emerald AI n'est pas la seule entreprise à développer ce type d'outils : Google travaille sur ses propres solutions internes, et Enel X permet aux centres de données d'exploiter leurs systèmes d'alimentation sans interruption pour lisser les pics de demande électrique. Une étude de Goldman Sachs a estimé que limiter l'utilisation maximale du réseau à 90 % pendant quelques heures pourrait libérer 76 gigawatts de capacité supplémentaire.
Au-delà de la coordination technique, AEMA vise également à aider les entreprises technologiques et les compagnies électriques à identifier de nouveaux emplacements pour les centres de données, un processus qui s'est jusqu'à présent révélé complexe pour les deux parties.