Intelligence artificielle · Actualité

À plus de 1 900 ans de distance, l'IA a reconstruit le visage d'une victime de Pompéi.

Des chercheurs ont utilisé l'intelligence artificielle pour analyser des restes osseux et des objets personnels trouvés près de la nécropole de Porta Stabia à Pompéi (Andrew Medichini/AP)

Pour la première fois, des archéologues sur le site romain de Pompéi ont eu recours à l'intelligence artificielle pour reconstruire numériquement le visage d'un homme qui est mort lors de l'éruption du Vésuve en l'an 79 apr. J.-C. Ce portrait numérique représente une avancée dans la compréhension de l'une des catastrophes naturelles les plus étudiées de l'histoire, en combinant une technologie de pointe avec la recherche archéologique.

Le projet a été développé par le Parc Archéologique de Pompéi, en collaboration avec la prestigieuse Université de Padoue, utilisant des données obtenues d'excavations récentes près de la nécropole de Porta Stabia, en périphérie de l'ancienne ville. Selon les informations du Ministère de la Culture d'Italie, l'image représente un individu surpris en train d'essayer de fuir vers la côte, accompagné d'une autre personne, pendant les premières heures de l'éruption. Les chercheurs estiment que l'homme est décédé au début du désastre, lors d'une chute intense de débris volcaniques.

La reconstruction numérique utilise des techniques d'intelligence artificielle et d'édition photographique capables de transformer des données squelettiques et archéologiques en un visage humain crédible. L'image le montre courant sur un chemin couvert de débris, utilisant un grand bol en terre cuite comme bouclier, tandis qu'en arrière-plan le Vésuve entre en éruption.

Comment l'intelligence artificielle a permis de recréer le visage de la victime

Dans ce contexte, l'utilisation de l'intelligence artificielle introduit une méthode novatrice dans le domaine de l'archéologie, permettant non seulement de préserver, mais aussi d'interpréter de manière plus détaillée les restes trouvés à Pompéi. Le site, déclaré patrimoine mondial par l'UNESCO, a été enseveli sous des cendres et de la pierre ponce après l'éruption, ce qui a permis de conserver en détail les corps et les biens de milliers d'habitants.

Infographie horizontale : premier visage numérique d'un homme avec le Vésuve et les ruines de Pompéi en arrière-plan. Montre le processus de reconstruction par IA et les objets trouvés.

Selon le communiqué officiel du Parc Archéologique de Pompéi, la reconstruction a été possible grâce à l'intégration de multiples sources de données archéologiques et à la collaboration interdisciplinaire. L'homme a été trouvé portant un mortier en terre cuite, objet qu'il a utilisé comme protection improvisée contre les fragments de roche volcanique qui tombaient, une lampe à huile, une petite bague en fer et 10 pièces de bronze.

Ces éléments apportent non seulement des informations sur les derniers instants de la victime, mais révèlent également des détails sur la vie quotidienne dans la ville avant le désastre.

Les chroniques anciennes, y compris celles de l'écrivain romain Pline le Jeune, décrivent que les habitants de Pompéi utilisaient des objets domestiques pour se protéger pendant la catastrophe, une information corroborée par cette découverte concrète. L'intelligence artificielle a permis de transformer ces témoignages matériels en une représentation visuelle précise du visage d'une réelle victime.

Gabriel Zuchtriegel, directeur du parc de Pompéi, a souligné l'importance de la technologie dans la gestion et la diffusion du patrimoine archéologique : “L'immensité des données archéologiques est maintenant telle que seule l'aide de l'intelligence artificielle nous permettra de les protéger et de leur donner la valeur qu'elles méritent. Si elle est utilisée correctement, l'IA peut contribuer à un renouvellement des études classiques”, a-t-il déclaré dans un communiqué publié par le ministère.

Grâce à l'IA, il a été possible de reconstruire la manière dont cet homme est mort au milieu de la tragédie de Pompéi

Les sources derrière la reconstruction

L'initiative s'inscrit dans un effort plus large pour rendre la recherche archéologique plus accessible et compréhensible pour le public, sans sacrifier le rigueur scientifique. Le portrait numérique vise non seulement à susciter l'empathie ou un impact visuel, mais propose également un outil éducatif basé sur des données vérifiables.

Le processus a débuté avec l'analyse des restes osseux et des objets personnels trouvés auprès de la victime. Les spécialistes ont utilisé des modèles génératifs d'intelligence artificielle pour analyser les proportions crâniennes et les tissus faciaux estimés, complétant cette information avec des sources historiques et comparatives de la population romaine de l'époque.

La reconstruction ne se limite pas au visage : l'image complète représente l'homme en mouvement, contextualisé au moment précis où il tentait de s'échapper alors que le Vésuve crachait des cendres et des pierres sur la ville. Cette approche vise à aller au-delà de la simple visualisation, rapprochant le public d'une expérience émotive et réaliste, sans perdre de vue la base scientifique.

Le Ministère de la Culture d'Italie, qui a diffusé l'image le 27 avril 2026, a souligné que la collaboration avec la prestigieuse Université de Padoue et l'utilisation de l'intelligence artificielle ouvrent de nouvelles voies pour la protection et la diffusion du patrimoine. Pompéi, selon le ministère, “reste un laboratoire de innovation scientifique, où la technologie est mise au service de la mémoire et des connaissances”.

L'homme a été trouvé avec un mortier en terre cuite, une lampe à huile, une bague en fer et dix pièces de bronze (Ministère de la Culture d'Italie/via AP)

Impact et avenir de la technologie dans la recherche de Pompéi

L'application de l'intelligence artificielle dans la reconstruction de visages et de scènes historiques représente une tendance en croissance dans l'archéologie mondiale. La capacité de traiter de grands volumes de données et de les traduire en images réalistes permet aux experts de fournir des interprétations plus complètes et accessibles des découvertes.

Le directeur Gabriel Zuchtriegel a déclaré : “Si elle est bien utilisée, l'intelligence artificielle peut contribuer à un renouvellement des études classiques”, soulignant que la technologie ne remplace pas le travail scientifique, mais l'améliore et le rend plus pertinent pour les nouvelles générations.