OpenAI a commis « un vol d’une ampleur sans précédent » en utilisant des millions d’articles de presse pour entraîner ses modèles d’intelligence artificielle, selon un document judiciaire rendu public le jeudi 17 septembre dans le cadre de la procédure intentée par The New York Times contre la société et Microsoft. Par ailleurs, le texte révèle qu’un dirigeant de cette dernière organisation a qualifié cette pratique, en interne, de possible « plus grand vol de main-d’œuvre de l’histoire de l’humanité ».
Le laboratoire d’intelligence artificielle basé à San Francisco a extrait le contenu de plus de 10 millions d’articles, dont près d’un tiers provenait uniquement de The New York Times. Selon les avocats du quotidien, les défendeurs ont « copié à de nombreuses reprises des millions d’articles protégés par le droit d’auteur dans leur intégralité, sans autorisation, afin de produire des produits commerciaux d’intelligence artificielle de substitution ».
Un dirigeant de Microsoft a évoqué un « vol » et un « recel accidentel »
Le document cite Brent Hecht, directeur de la science appliquée chez Microsoft, qui aurait écrit que l’entraînement de modèles de langage avec du contenu soumis au droit d’auteur constituait « un vol d’une ampleur sans précédent » et que, en cas de victoire au procès, cela ferait « un jeu de l’idée d’un usage licite ».
Hecht a également averti que OpenAI aurait pu commettre un « recel accidentel » dans ses tentatives pour identifier dans ses systèmes le contenu provenant de The New York Times et des autres demandeurs.
Microsoft a répondu que les déclarations de Hecht reflètent « la perspective individuelle d’un employé » et qu’elles « ne représentent pas la position de l’entreprise », selon un communiqué d’un porte-parole de la société cité par l’agence AFP.
Une voie pour contourner le paywall du quotidien
Le document judiciaire indique également que Greg Brockman, cofondateur et actuel président d’OpenAI, a écrit vers 2017 qu’il était « profondément motivé par les milliards » qu’il espérait obtenir en commercialisant la technologie de la société. Les avocats de The New York Times soutiennent que cet incitatif commercial a poussé OpenAI à collecter leur matériel.
Selon le document, OpenAI a utilisé des techniques « transgressives et trompeuses » pour accéder à du contenu protégé par un paywall. Lorsqu’un employé a informé Brockman d’« une astuce pour contourner le paywall » du quotidien, ce dernier a répondu « ah, c’est bien », selon la plainte.
Le responsable de ChatGPT a reconnu une « menace existentielle » pour les éditeurs
Le responsable de ChatGPT chez OpenAI a écrit que les éditeurs faisaient face à une « menace existentielle » de la part de produits d’intelligence artificielle qui « sont en grande partie des substituts, point, et le deviendront de plus en plus à mesure qu’ils s’amélioreront », selon le document déposé le jeudi.
Une donnée fournie par Microsoft dans le processus renforce cette observation : la société a constaté que les taux de clics vers le contenu original étaient inférieurs de 83 % à 93 % chez les utilisateurs de ses outils de réponse par intelligence artificielle, par rapport à son moteur de recherche traditionnel.
Un ingénieur d'OpenAI a admis dans le même sens que, « aussi bien que nous mettions en avant les liens, les utilisateurs ne cliqueront pas », selon ce qui figure dans le document judiciaire.
Dans son témoignage pour l'affaire, le directeur général de Microsoft, Satya Nadella, a déclaré que s'il avait été informé que OpenAI avait extrait et utilisé des informations protégées par un paywall pour entraîner ses modèles, il aurait invoqué les droits de Microsoft pour exiger d'OpenAI de « réentraîner ses modèles », conformément à l'accord en vigueur entre les deux entreprises à cette époque.
Microsoft a affirmé que le témoignage de Nadella « se référait à des principes généraux et aux changements en cours dans la manière dont les personnes recherchent et consomment l'information » et qu'il ne constituait pas « une conclusion sur les questions de droits d'auteur » centrales dans l'affaire.