La région du Triangle Nord de l'Amérique centrale fait face à une vulnérabilité croissante face à la désinformation, exacerbée par l'expansion de l'Intelligence Artificielle (IA) et la massification des plateformes numériques.
Le rapport “Consommation des médias, désinformation et Intelligence Artificielle dans le Salvador, Guatemala et Honduras”, élaboré par l'École Mónica Herrera et l'Université Centroamericana José Simeón Cañas (UCA), en collaboration avec DW Akademie, documente comment l'alphabétisation médiatique émerge comme une urgence différenciée dans chaque pays pour faire face à la manipulation informationnelle et à la circulation de fausses nouvelles.
Le Salvador montre un écosystème numérique dominant où le téléphone portable et la consommation audiovisuelle sur Internet ont remplacé les médias traditionnels.
Selon la recherche, 75,7 % des personnes consultent d'autres médias pour vérifier les nouvelles, 62,1 % évaluent la fiabilité du média et 40,1 % recherchent la source originale.
Les personnes âgées se tournent vers des personnes de confiance pour vérifier les informations, reflétant de plus grandes difficultés face à la désinformation, notamment celle générée par l'intelligence artificielle et les deepfakes.
Le rapport souligne que l'alphabétisation médiatique est essentielle, car les signaux permettant d'identifier les fausses nouvelles créées avec l'IA ne correspondent pas aux routines de vérification traditionnelles.
On observe une méfiance généralisée envers les contenus numériques et la nécessité de concevoir de nouvelles stratégies éducatives pour répondre à la complexité de l'environnement actuel.

Désinformation et lacunes en alphabétisation médiatique
Au Guatemala, la connectivité atteint des niveaux pratiquement universels dans les zones urbaines, mais cet accès ne se traduit pas par de solides compétences médiatiques.
L'étude révèle que la majorité reconnaît l'existence d'informations fausses, bien que la vérification systématique ne soit pas une pratique consolidée. Les réseaux sociaux et les services de messagerie, tels que WhatsApp et Facebook, sont identifiés comme les principaux canaux de désinformation.
L'incorporation de l'intelligence artificielle ajoute de la complexité, car une partie de la population admet ne pas avoir les compétences pour distinguer les contenus manipulés avec l'IA.
Le rapport souligne que les lacunes urgentes ne sont pas d'accès technologique, mais de formation critique permettant d'analyser, d'interpréter et de produire des messages de manière éthique et responsable.
Au Honduras, le tableau montre une forte centralité du téléphone mobile et une coexistence de médias traditionnels avec des plateformes numériques. Les réseaux sociaux, les youtubeurs et les influenceurs constituent la principale source d'information, mais également de désinformation, notamment sur les questions de politique, de violence et d'insécurité.

50,7 % de l'échantillon reconnaît avoir été exposé à de la désinformation générée par l'intelligence artificielle, bien que les routines de vérification restent embryonnaires. Parmi les stratégies les plus fréquentes, on trouve la recherche de l'actualité dans d'autres médias, la vérification de la fiabilité et la consultation de la date de publication.
Néanmoins, la confiance demeure liée à des marques d'information traditionnelles et à la perception subjective de crédibilité. Le rapport souligne l'urgence de renforcer l'alphabétisation médiatique et numérique pour faire face à l'avancée de la manipulation informationnelle et doter la citoyenneté d'outils critiques.
Le document souligne que l'alphabétisation médiatique et informationnelle (AMI) est un pilier fondamental pour la construction de sociétés critiques et résilientes face à la désinformation.
Cette compétence implique non seulement d'accéder et d'analyser les médias, mais aussi de réfléchir et de produire des messages responsables dans un environnement saturé d'informations.
Dans les trois pays, l'exposition massive aux fausses nouvelles et les défis de l'intelligence artificielle générative font de l'AMI une priorité éducative et de politique publique qui transcende la lacune technologique pour s'établir comme un défi de formation urgent.