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La Chine a renforcé les contrôles aux frontières et élargi la possibilité d'interdire la sortie du pays pour des raisons technologiques.

Beijing reforça ce mardi son arsenal légal pour restreindre la liberté de mouvement de ses citoyens. Les nouvelles Dispositions sur l'Administration d'Entrée et de Sortie, approuvées par le Conseil d'État le 31 juillet et en vigueur depuis le 15 septembre, permettent d'interdire la sortie du pays à des personnes ayant incurru dans des activités illégales liées à l'exportation de technologie quand elles mettent en danger la sécurité industrielle ou technologique nationale. La norme, de 19 articles, est la mise à jour la plus significative du cadre migratoire chinois depuis la Loi sur l'Administration d'Entrée et de Sortie de 2013.

Le texte établit qu'un citoyen qui commet des actes illégaux ou criminels à l'étranger portant atteinte à la sécurité nationale pourra être inhabilité à quitter à nouveau la Chine pendant une période de six mois à trois ans, à compter de son retour. La même sanction sera appliquée à quiconque enfreint les réglementations sur l'importation ou l'exportation de technologie lorsque cette infraction compromet la sécurité industrielle. L'article inaugural indique que la norme vise à protéger la souveraineté, la sécurité et les intérêts de développement du pays, et habilite les autorités à ne pas notifier les personnes concernées lorsque cette communication pourrait nuire à une enquête en cours.

Préoccupation pour la discrétion

Mark Jia, professeur de Droit à l'Université de Georgetown, a signalé que la définition large du concept de sécurité nationale facilite qu'une personne soit soumise à une interdiction de sortie sans les garanties procédurales de base que le texte lui-même promet. Trivium, une consultante spécialisée en politique chinoise, a indiqué que la norme est une autre démonstration de la détermination de Beijing à empêcher le transfert de connaissances technologiques sensibles.

Shen Yu-chung, sous-directeur du Conseil des Affaires Continentales de Taïwan, a affirmé lundi que la réforme légalise des pratiques de contrôle aux frontières jusqu'alors sans fondement juridique clair et accroît la discrétion des organismes qui l'appliquent, en prêtant une attention particulière au langage relatif au contrôle des exportations, qui pourrait affecter les Taïwanais du secteur technologique. Le Gouvernement chinois a rejeté ces objections et a soutenu que la norme offre une plus grande protection légale aux citoyens de Taïwan.

La réforme inclut également des dispositions pour empêcher que des citoyens chinois soient trompés pour voyager à l'étranger et ensuite contraints de participer à des escroqueries téléphoniques et numériques.

Une tendance initiée avec Xi Jinping

Les restrictions de sortie ne sont pas nouvelles en Chine, mais leur portée a augmenté de manière soutenue depuis que Xi Jinping a pris le pouvoir en 2012. Un rapport de 2023 de Safeguard Defenders, organisation espagnole de défense des droits humains, estime que des dizaines de milliers de personnes sont à tout moment soumises à une interdiction de sortie, ce chiffre n'incluant pas les millions de Tibétains et d'Uigurs du Xinjiang restreints pour des motifs ethniques.

Entre 2018 et 2023, au moins 5 lois ont été approuvées ou modifiées à cette fin, portant le total à 15 normes en vigueur. Une analyse de Reuters sur la base de données de la Cour Suprême Populaire a détecté une augmentation de 8 fois dans les cas judiciaires mentionnant ces interdictions entre 2016 et 2022.

La norme s'inscrit dans la friction technologique croissante entre Washington et Beijing pour le leadership en intelligence artificielle et en semi-conducteurs.