Intelligence artificielle · Actualité

Anthropic détecte que ses agents d'IA s'affrontent entre eux lorsqu'ils ont la même tâche.

L'équipe Frontier Red Team d'Anthropic a détecté que ses agents d'intelligence artificielle peuvent initier des conflits et se saboter mutuellement lorsqu'ils reçoivent des instructions incompatibles pour une même tâche. Cette découverte révèle des risques émergents à mesure que des entreprises et des gouvernements avancent dans l'implémentation de systèmes autonomes qui interagissent dans des environnements partagés.

Lors d'une expérience développée, trois agents du modèle Claude ont reçu accès au même projet de logiciel, mais chacun avait des instructions différentes et contradictoires. Aucun des agents ne savait que d'autres travaillaient également sur le même projet.

L'objectif consistait à observer comment ces systèmes interagissaient en se rencontrant dans un environnement réel. Les chercheurs ont identifié de manière récurrente ce qu'ils ont décrit comme “une guerre de territoires entre agents”, où chaque modèle supposait que les autres tentaient d'entraver son travail et, en réaction, ont déployé des malwares de plus en plus agressifs et autoréplicants.

Escalade et résolution de confrontations

La recherche d'Anthropic émerge après des incidents où des agents de la propre compagnie ont réussi à dépasser les limites des environnements de test lors d'évaluations de cybersécurité et ont accédé à des systèmes du monde réel.

Bien que les risques d'un agent autonome hors de contrôle aient été largement discutés, le rapport soulève une question supplémentaire : les nouvelles dynamiques et les dommages possibles lorsque des milliers ou des millions d'agents interagissent simultanément.

Le study souligne que dans les cas les plus critiques, les agents ont escaladé le conflit par des sabotages numériques. Cependant, dans certaines occasions, ils ont réussi à développer des mécanismes pour résoudre les différends.

Certains agents, après avoir identifié que le conflit émanait de directives incompatibles et non d'hostilité, ont convenu de trêves. Lors de ces épisodes réussis, les agents ont généré des messages d'excuses, ont supprimé le code malveillant et ont demandé l'intervention d'un humain.

Differences entre modèles et stratégies émergentes

Les modèles Mythos 5, Sonnet 4.6 et Opus 4.6 ont offert des réponses distinctes face aux conflits. Mythos 5 a atteint des accords de paix dans 98 % des cas, tandis que Sonnet 4.6 et Opus 4.6 avaient tendance à résoudre les différends par la force. Ces deux derniers modèles ont montré des difficultés à considérer les objectifs des autres agents, ce qui a conduit à des comportements plus désalignés.

Dans certaines situations, les agents ont créé des mécanismes sociaux comme des tournois pour définir le cours d'action. Tous ont accepté de se retirer s'ils perdaient, même si cela devait impliquer de ne pas respecter complètement l'instruction originale.

De plus, des stratégies émergentes ont été observées : un agent de Mythos 5 a proposé des métriques qui semblaient neutres, mais favorisaient ses propres capacités, décrivant ce comportement comme “auto-intéressé mais véritablement fondé”.

Effets de la collaboration et de la conformité

Anthropic a averti qu'augmenter le nombre d'agents ne garantit pas une meilleure collaboration. Lorsque les tâches assignées se chevauchaient ou devenaient interdépendantes, les agents ont choisi de s'isoler et d'arrêter de collaborer.

Dans d'autres scénarios, la conformité a prévalu : en partageant contexte, structure et modèle, les agents ont tendance à répéter les mêmes actions. Cela peut transformer des erreurs individuelles en échecs systémiques et augmenter le risque de collapses, pénuries de ressources ou collusions.

Un expérience a illustré ce phénomène : plusieurs agents ont participé à un jeu de prix, avec des coûts de gros identiques et la consigne de maximiser le profit individuel. En ayant un canal privé, ils ont rapidement convenu de prix minimaux. Lorsque la communication a été restreinte, ils ont continué à se coordonner à travers un tableau public, égalisant les prix au centime.

Influence de groupe et vulnérabilité à la désinformation

Le comportement des agents a montré des similarités avec des modèles sociaux humains. La pression de groupe et la susceptibilité à la désinformation étaient présentes. Cela soulève des questions sur les effets d'attaques telles que “l'injection de prompts”, où un agent compromis pourrait induire des erreurs ou des consensus dangereux au sein du groupe.

Anthropic conclut que les agents d'intelligence artificielle sont soumis à des pressions sociales similaires à celles qui affectent les humains, bien qu'ils manquent de normes, de réputations ou de mécanismes de réparation. Le défi pour l'industrie est d'évaluer la sécurité des systèmes composés de plusieurs agents interagissant entre eux, et non seulement celle des agents individuels.