
Les pays européens ont renforcé leur réponse face aux crimes sexuels contre les mineurs commis via Internet et les outils digitaux. Selon un récent rapport diffusé par le Conseil de l'Europe, les pays ont doté leurs forces de sécurité de plus d'outils pour enquêter, ont élargi le soutien et l'assistance aux victimes, et ont consacré davantage de ressources tant aux unités policières spécialisées qu'aux organisations sociales, en plus de favoriser la formation de ceux qui travaillent avec les enfants pour détecter et agir face à d'éventuels cas d'abus. Cependant, malgré les progrès, le rapport avertit que de nombreux États permettent encore que les mineurs soient poursuivis pour les images sexuelles qu'ils génèrent eux-mêmes.
Le rapport du Comité du Conseil de l'Europe, chargé de superviser la mise en œuvre de la Convention de Lanzarote pour protéger les enfants contre l'exploitation et l'abus sexuel, qui examine les actions des États face aux 28 recommandations convenues en 2022, indique également que de nombreux pays ne priorisent pas toujours les réponses éducatives par rapport aux sanctions pénales, et que dans de nombreux cas, il n'existe pas de services de soutien complets pour les mineurs concernés.
Selon le rapport, près des deux tiers des pays analysés maintiennent des lois qui permettent de juger les mineurs pour possession d'images intimes les concernant ou celles de leurs partenaires adolescents. De plus, près de la moitié prévoit des sanctions pénales pour ceux qui partagent ce contenu, même s'il s'agit de leurs propres images. Le rapport souligne que dans les situations où un mineur distribue sans consentement des images sexuelles d'un autre enfant, la majorité des pays n'exigent pas encore d'épuiser les options éducatives avant de recourir à la voie pénale.
Dans le domaine de l'enquête sur les crimes sexuels impliquant des technologies de l'information, le Conseil de l'Europe détaille que le nombre de pays permettant à leurs forces de sécurité de mener des opérations sous couverture a presque doublé ces dernières années. Depuis 2022, six États ont signalé des augmentations de personnel et de budget pour les unités policières chargées de ces crimes. D'autres pays peuvent maintenant poursuivre leurs citoyens ou résidents pour des abus commis à l'étranger, sans dépendre d'une plainte préalable dans le pays où les faits se sont produits. Toutefois, la capacité de poursuivre ces crimes si la victime est nationale ou résidente reste limitée en comparaison.
L'accès aux lignes d'assistance pour les victimes mineures a augmenté, ajoute le rapport. De nombreux pays offrent des téléphones ou des services en ligne adaptés aux enfants ayant subi des crimes sexuels, y compris ceux facilitant des comportements Internet. Certains États fournissent un soutien spécialisé à court et à long terme, bien que ceux qui n'assistent que pendant le processus légal ou ne garantissent pas une attention continue restent prédominants. Parallèlement, le soutien financier aux projets de la société civile axés sur la prévention et la protection contre les abus sexuels infantiles a augmenté.
En matière de formation, le rapport indique que de plus en plus d'États offrent une formation spécifique sur les crimes sexuels commis via des technologies aux procureurs, et dans le cas des juges, le nombre de pays fournissant cette formation a presque doublé depuis 2022. La formation dans des secteurs tels que l'éducation, la santé, la protection sociale, le sport et la culture pour détecter les signes d'abus et canaliser les dénonciations a également augmenté. Cependant, seuls quelques pays ont mis en œuvre de manière intégrale les recommandations dans tous ces domaines.
Défis de l'Espagne
Dans le cas de l'Espagne, le rapport soutient que le pays a progressé dans l'adaptation législative, dans la spécialisation des ressources pour l'enquête, le soutien aux victimes et la coopération internationale et avec la société civile. Cependant, « elle continue à rencontrer des défis dans la systématisation de l'éducation préventive et de la formation professionnelle ».
L'Espagne, indiquent-ils, doit clairement définir dans la législation « quand les mineurs ne doivent pas être pénalement responsables dans des situations consensuelles, évitant que des pratiques entre pairs ne débouchent sur des procédures judiciaires inutiles ».

Le danger de l'intelligence artificielle
Le document souligne également la menace croissante que représente l'intelligence artificielle dans la production de matériel d'abus sexuels infantiles. Les experts du Conseil de l'Europe soulignent que les criminels n'ont plus besoin d'images réelles, car ils peuvent créer des fichiers entièrement synthétiques pour intimider, manipuler ou extorquer des mineurs.
Le rapport conclut que, bien que la réponse pénale doive être disponible, les autorités doivent prioriser l'éducation, le soutien thérapeutique et la justice restaurative lorsque les mineurs eux-mêmes utilisent des outils technologiques pour créer ou partager ce type de contenus.