
Chaque 1er mai, Journée du Travail, le monde se tourne vers l'emploi, mais cette année, l'accent n'est pas seulement mis sur les salaires ou les droits des travailleurs : l'intelligence artificielle redéfinit silencieusement la manière de travailler. Au Pérou, 83 % des travailleurs la considèrent déjà comme une alliée, bien que seulement 5 % disposent d'outils d'IA fournis par leur entreprise, selon une étude de WeWork et Michael Page.
Ce chiffre révèle une paradoxe : 70 % des entreprises affirment avoir mis en œuvre un logiciel d'intelligence artificielle, mais son utilisation au sein des organisations reste inégale et, dans de nombreux cas, informelle. 40 % des travailleurs recourent à ces outils pour des tâches techniques par initiative personnelle, sans nécessairement avoir de lignes directrices claires ni de formation formelle.

“L'intelligence artificielle est déjà présente dans les entreprises, mais pas toujours de manière organisée. Souvent, c'est le travailleur lui-même qui l'incorpore dans son quotidien, sans nécessairement avoir de lignes directrices claires ou de formation”, a indiqué Claudio Hidalgo, président de WeWork pour l'Amérique Latine.
L'écart entre adoption et gestion
L'étude de WeWork et Michael Page révèle que l'intérêt pour se former à l'IA est élevé : 90 % des travailleurs souhaitent se former à cette technologie. Cependant, cet intérêt ne trouve pas toujours de réponse concrète au sein des organisations, ce qui amplifie la distance entre ce que les employés font de leur propre initiative et ce que les entreprises gèrent de manière structurée.

À cela s'ajoute l'incertitude sur la façon dont l'IA pourrait être utilisée pour évaluer la performance au travail. 39 % des travailleurs se disent ouverts à ce que leur productivité soit mesurée avec ces outils, tandis que 15 % expriment de l'inconfort. La majorité, soit 46 %, estime que tout dépendra du contexte et de la manière dont cette mesure sera mise en œuvre.
Près de la moitié des personnes interrogées estiment pouvoir automatiser entre 11 % et 30 % de leurs tâches, surtout celles de nature administrative ou répétitive. Cette perception renforce l'idée que les travailleurs ne considèrent pas l'IA comme une menace directe pour leur emploi, mais comme un outil qui transforme la nature de leurs fonctions.

Le défi pour les entreprises : accompagner le changement avec des règles claires
“L'IA ne remplace pas le travail, elle transforme la façon de travailler. Le défi pour les entreprises est d'accompagner ce processus avec de la formation, des règles claires et une mise en œuvre qui inspire confiance aux équipes”, a affirmé Hidalgo.
L'étude de WeWork et Michael Page souligne que le défi n'est plus de savoir si l'intelligence artificielle est adoptée ou non, mais comment les organisations accompagnent ce processus avec des politiques claires et une formation. Sans ces conditions, l'écart entre ce que font les travailleurs et ce que gèrent les entreprises continuera de se creuser.
Le contexte n'est pas négligeable : selon l'Institut National de Statistique et d'Informatique (INEI), en 2025, la population occupée du Pérou atteindra 17 millions 575 mille personnes. Une transformation d'une telle ampleur ne peut difficilement être laissée à l'initiative individuelle de chaque travailleur.